Les Murailles de Constantinople

En 408 après J.C. au moment où Théodose accéda au trône, la ville s’était déjà étendue au-delà des murs de Constantin. C’est en 413, Théodose était alors âgé de 12 ans, que son tuteur , le Préfet du Prétoire d’Orient Anthémius, , donna l’ordre de construire un nouvel ensemble de fortifications (celles que vous voyez aujourd’hui), réalisées à environ un kilomètre et demi au-delà des anciens murs de Constantin. Cette ligne de défense fut en grande partie détruite en 447 par un terrible tremblement de terre. A ce moment de l’histoire, ce qui ne fit qu’empirer les choses, Attila le Hun apparut à l’horizon. Devant cette terrible menace, grâce à une volonté inflexible, c’est en deux mois seulement que les Byzantins reconstruisirent toutes leurs fortifications, plus robustes qu’avant. Lorsque l’armée d’Attila se déplaça en direction de l’Occident, où il était connu comme « le fléau de Dieu », on inscrivit ces mots en latin sur la porte Rhegium (Mevlanakapi) en souvenir de ce tour de force, «…sur commande de Théodose, Constantin dressa ces murs solides en moins de deux mois. Pallas, elle-même n’aurait probablement pu construire une citadelle aussi solide en si peu de temps ».

 

Ces fortifications couvrent une distance d’environ six kilomètres, de la mer de Marmara jusqu’à la Corne d’Or. Le mur intérieur mesurait 5 mètres de large sur 12 mètres de haut. Il était garni de 96 tours espacées de 55 mètres qui faisaient de 18 à 20 mètres de haut. Les machines destinées à lancer des projectiles sur l’ennemi étaient placées en haut des tours. Les périboles, entre les murs intérieurs et extérieurs formaient une terrasse de 15 à 20 mètres. Le mur extérieur faisait 8 mètres de haut et 2 mètres de large. Il comportait également 96 tours disposées en alternance avec celles du mur intérieur. Au-delà il y avait une terrasse extérieure crénelée de presque deux mètres de haut : le parateichion. Après le parateichion, se trouvait un fossé de 10 mètres de profondeur et presque 20 mètres de large. On le remplissait d’eau lorsque la ville était menacée. Ces fortifications, qui renfermaient un formidable système de défense, ont protégé Byzance pendant plus d’un millénaire !

 

De nos jours, on a transformé en cimetières et espaces verts le fossé qui est devant les murailles et ses alentours. Entre la mer de Marmara et la Corne d’Or subsistent encore huit portes ; on trouve dans cet ordre : la porte Dorée (Yedikule Kapisi), la porte de Belgrade (Belgradkapi),la porte Silivri ou porte Selymbria (Silivrikapi), l’ancienne porte de Rhégium qui s’appelle mainteenant la porte Mevlana (Mevlanakapi), la porte Canon (Topkapi), la porte Pempton (Sulukule Kapisi), la porte d’Andrinople (Edirnekapi) et la prote Crochétée (Egrikapi).

 

Impossible de ne pas être touché par la magnificence mélancolique de ces anciennes murailles. Bien des historiens et des explorateurs ont écrit à leur sujet, en décrivant leurs impressions. L’Allemand Schlumberger, historien et explorateur, qui visita Istanbul au XIXème siècle, disait ; « …les murs de Théodose qui entourent Constantinople par la terre commencent au château Yedikule et suivent une ligne droite d’environ cinq kilomètres, montant les collines et descendant les vallées. A un endroit situé près de la Corne d’Or, ils approchent les célèbres ruines de ce que fut le palais Tekfur. Ils rejoignent, en faisant un angle de 90°, les fortifications construites par Héraclius au VIIème siècle, de telle sorte que l’église et la villa des Blachernes soient à l’abri à l’intérieur de la ville. Ils forment ensuite un grand arc autour de ce que fut autrefois la résidence impériale, avant de descendre sur une pente raide jusqu’à la Corne d’Or. » (Note de l’auteur : les murs auxquels Sclumberger se réfère sous le nom d’Héraclius sont probablement ceux construits par Manuel Comnène).

 

Le complexe du palais des Blachernes se trouvait à l’intérieur des limites de la ville grâce à un système de murailles qui commençait juste après le palais Tekfur et qui furent construits au fil des siècles par quatre empereurs, le premier d’entre eux étant Théodose. Ces fortifications passaient par la tour dite d’Angelos Issac, du donjon d’Anemas et s’achevaient à la Corne d’Or. Environ deux cents ans après que les murailles de Théodose aient été achevées, l’empereur Héraclius, alors qu’il parait les attaques des tribus Avar, décida de renforcer son système de défense. En 626 il ordonna la construction de murs intérieurs,  avec trois tours de défense hexagonales. Au IXème siècle, l’empereur Léon V l’Arménien, menacé par Krum l’Horrible, roi des Bulgares, ajouta un mur extérieur protégé par quatre tours à une distance de 25 mètres du mur intérieur. Finalement, c’est au XIIème siècle que l’empereur Manuel Comnène construisit les hautes murailles que vous voyez aujourd’hui pour mieux protéger l’ensemble du complexe du palais des Blachernes. La Tour de Léandre, à l’embouchure du Bosphore fut aussi construite par cet empereur.

 

A propos des murailles qui encerclent les alentours de Blachernes, Schlumberger écrivait :

« … notre guide Paspatis nous emmena au-delà des fortifications en passant par la porte des Blachernes. Ce deuxième mur, dont la porte avait été murée a disparu en partie sous le poids de la terre qui s’était accumulée sur lui ; il n’en reste qu’une grande poutre horizontale et les extrêmités de deux jambages. A part la tour d’Angelos Isaas, les plus belles tours de la muraille se trouvent de part et d’autre de cette porte où elles se dressent fièrement. Ces constructions magnifiques sont une merveille à contempler. Les immenses inscriptions sur la pierre nous rappellent les noms des empereurs qui les ont fondées….

Je ne connais aucune place à Constantinople plus romantique que ces deux portes ; pour les atteindre depuis la ville, on doit longer une petite rue sombre et tranquille : contemplez le mur d’Héraclius à l’ombre d’arbres splendides. Il nous fut quelque peu difficile de convaincre l’un des oulémas de nous laisser entrer dans la tour, car ce lieu est très vénéré par les musulmans ; en effet un ouléma qui fut peut-être un compagnon du Prophète est enterré ici dans une tombe entièrement dissimulée sous une couverture de feuillages ; à cet endroit brûlent en permanence des bougies… »( Auteur : l’endroit précédemment mentionné est probablement la chapelle Toklu Dede où Ahmet el Ensari et d’autres ashabs [compagnons] étaient enterrés).

 

Ahmet F. OZBİLGE   le 01.10.2013

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